Témoignages et écrits sur Adélard Lambert

Monographie sur Adélard Lambert, parue en 1944. (voir plus bas)

Témoignages

Que de trésors il nous a sauvés de la ruine et de l'oubli. Quel respect et quelle reconnaissance mérite cet homme du peuple, dépositaire d'une tradition familiale et pieux rassembleur du patrimoine collectif. Sans lui, nous connaîtrions peu de ces traditions apportées du Canada en Nouvelle-Angleterre. Davantage par son geste que par ses écrits, il symbolise le gardien fidèle du pur patrimoine commun.

Allocution de Lacourcière devant la Société historique franco-américaine (à Boston), le 11 novembre 1947 (d'après Capistran p.64).

En 1941, Mr Félix-Antoine Savard, doyen actuel de la Faculté des Lettres de l'Université Laval et M. Luc Lacourcière, titulaire de la chaire de Folklore de la même université, s'arrêtèrent aussi à Drummondville par considération pour l'auteur d'une oeuvre obscure et tellement utile. Dans la solitude des dernières années de Lambert ces visites et témoignages lui étaient un grand réconfort. Il pouvait comprendre par là que son message serait désormais entendu de tous ceux qui étudient les traditions populaires françaises qu'il a si fidèlement servies durant toute sa vie.

Thèse Armand Capistran, p.30

Il faut ici faire une mention spéciale d'Adélard Lambert à qui les folkloristes et les enfants doivent la plus grande reconnaissance. Lambert, bien qu'à demi-lettré, a noté toute sa vie des traditions orales, des contes, des chansons et surtout des jeux. De simple informateur, il devint un collectionneur passionné de folklore avec un sens très juste de tout ce qui a valeur de tradition. Au fur et à mesure de ses récoltes, il en communiquait les résultats à M. Marius Barbeau qui publia en collaboration avec lui, outre des contes populaires et des rondes, un bon répertoire de jeux d'enfants.

Luc Lacourcière, Les Archives de Folklore, 1948, p.112 (d'après Capistran, p.61 )

Maison d'Adélard Lambert sur le Boulevard Mercure, à Drummondville

Écrits sur Adélard Lambert

Un Lettré Illettré, par Adolphe Robert, Président de l’Association Canada-Américaine, Manchester, New- Hamsphire, juin 1944 (extrait)

Ce titre paraîtra à plusieurs un paradoxe. C’est que, celui à qui il s'applique est lui-même paradoxal. Un homme a juste fréquenté l'école primaire. Au sens généralement accepté, c'est un illettré. Mais voici que ce même homme possède sur le bout de ses doigts la production littéraire de son pays, il en connaît à fond le folklore, il a écrit des livres, enfin il a composé une bibliothèque de canadiana et d'americana avec un flair aigu de la rareté livresque et de la valeur documentaire. Dans une certaine mesure, cet homme est un lettré. Et tel est le cas d' Adélard Lambert, primaire de formation, mais folkloriste et collectionneur par amour des lettres.

L'automobiliste arrivant à Drummondville par la route nationale venant de Sherbrooke aperçoit, à l'entrée de la ville, un poste d'essence attenant à un magasin peinturé en blanc avec une humble demeure à côté. S'il s'arrête pour faire le plein d'essence, les chances sont qu'il sera servi par un modeste vieillard que rien ne distingue du commun des mortels. Mais si le voyageur est un peu observateur, il constatera que ce vieillard a un journal soigneusement plié ou une brochure quelconque dans la poche de son habit. Ce vieillard est Adélard Lambert.


Propos d’un bibliophile : Adélard Lambert (1867-1946), par Serge Duhamel, Libraire-antiquaire, Drummondville, 1993.

Natif de Saint-Cuthbert, Adélard Lambert n’a que deux ans lorsque son père s'exile aux États-Unis, en 1869. Cette première vague vers le Sud est mue par le rêve d'une amélioration de son sort. Tenter fortune... La famille s'établit d’abord à Woonsocket, Rhode Island. Puis, elle s'installe définitivement à Fall River au Massachusetts en 1878.

Adélard Lambert épouse, à 25 ans, Philomène Vigneault et ils s'établissent à Manchester au New Hampshire. Il devient colporteur de thé. C'est alors que son oeuvre de bibliophilie prend forme: les gens arrivent par centaines du Québec, certains pauvres au point d’utiliser leurs quelques livres comme combustible. Le thé d'Adélard est un grand réconfort et les livres servent souventes fois de monnaie d'échange. Il prend tout ce qu'il voit: livres, revues, journaux, tout, à l'unique condition qu'il s'agisse de l'effort français en Amérique.

Sa collection est en plein essor, et ce depuis ses trois premières acquisitions «sérieuses» : Gustave ou un Héros canadien de Thomas, Armand Durand de Leprohon et Le Chien d'Or de Kirby, titres recueillis en pleine adolescence. [...] À l'âge de 52 ans, il possède 4000 ouvrages canadiens : on dit qu'il s'adresse à qui veut protéger et continuer la collection. [...] L’Association canado-américaine est active. Elle va en souscription, puis achète la collection de livres pour la somme de trois mille dollars. Elle fournit l'assurance de placer, protéger et augmenter la collection... ainsi qu’un droit de visite en tout temps pour Adélard Lambert. Le collectionneur mentionnera dans son Journal d'un bibliophile, publié à Drummondville en 1927, qu'il s'agit pour lui d’une «séparation». Il ajoute aussi qu'il n'y avait pas de «doubles» dans sa collection, une flèche à la réputée collection de Philéas Gagnon de Québec (Collection Gagnon. Ville de Montréal), avantagé par le salaire, le métier et le domicile...

Lambert, son oeuvre accomplie, revient au Québec, il vivra à Drummondville de 1921 jusqu'à son décès en 1946. Il continue à enrichir sa collection par des envois réguliers de livres vers Manchester. Il se passionne aussi pour le folklore, oral ou écrit, et collige un millier de chansons (Collection Barbeau, Musée national à Ottawa). En plus de son Journal d'un bibliophile, il publiera ses Propos d'un Castor et sa suite, des comptines et des jeux. Malgré ses publications, il demeure peu connu.

Dans sa ville d'adoption, c'est un fantôme déguisé en oubli. Celui qu'on a publié continuellement dans le Journal of American Folklore, celui que le grand ethnologue Luc Lacourcière salue dans sa conférence de novembre 1947 à Boston, c'est aussi celui que les amateurs d'histoire de Drummondville ont complètement ignoré.

Un hommage, un seul, au moment de son décès. Le journal La Parole de Drummondville, depuis longtemps intéressé à l’écriture de plusieurs autres par son mandat d'éditeur de livres, affirme en mai 1946 : «Un homme vient de s’éteindre en notre ville dont la mort a passé inaperçue ou presque dans le grand public, mais dont le souvenir, il nous semble, mérite d'être rappelé et même mis en évidence... Le nom d'Adélard Lambert ne dit sans doute rien à la très grande majorité des gens. Il s'identifie toutefois avec un chef-d'œuvre remarquable, unique peut-être, que ce simple artisan franco-américain a réalisé au cours de son existence effacée d'homme du peuple». Le journal réparait à l'époque l'injustice causée par la plus pure ignorance.

Serge Duhamel, Libraire-antiquaire, 1993

Bibliographie

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